Pédagogie haute falaise 2013

Encadrement en itinéraires d’envergure 2013
18 mai 2017

Récit de Sylvain Maurin // UC3 //

 

Le CREPS Rhône-Alpes, sous la férule de Fred MINIER et Jean KANAPA, aidés par les formateurs associés, Sylvain MAURIN, Vincent MERIEUX et Bruno DOUILLET, vient de réaliser la première session de l'UC3 « Pédagogie haute falaise », du DE JEPS Escalade en Milieux Naturels, du 2 au 5 avril et du 8 au 11 avril 2013, dans le site magnifique des Calanques.

Les 11 stagiaires avaient tous déjà validé les compétences UC4, d’autonomie en terrain d'aventure et de secours en parois. Ce niveau atteint leur a donné une autonomie personnelle complète sur tous les terrains, à toutes hauteurs. La certification des compétences UC3 d’enseignement de l’escalade sur site d’une longueur est également un pré requis pour accéder à ce module.

Le stage a été hébergé au centre UCPA de SORMIOU, placé à 1 mètre de la mer, dans la calanque du même nom. Sur ce site, l'eau courante n'étant pas accessible,  le manque d'eau au quotidien a fait prendre conscience à tous de son importance ! L'UCPA nous a, comme au VERDON, parfaitement reçu, et ces centres sont des employeurs importants de nos anciens BEES Escalade, et de nos futurs DE ! Beaucoup de stages UCPA sont consacrés à la formation à l'autonomie en grandes voies, ce qui est justement le but de cette nouvelle UC.

Les stagiaires ont bénéficié de deux types de publics : la première semaine, des lycéens d'AUBENAS, accompagné de trois professeurs, et la deuxième semaine, des étudiants et des adultes des clubs d'escalade de Marseille. Les stagiaires avaient systématiquement sous leur responsabilité quatre « élèves » à rendre autonome, en les emmenant en grandes voies.

Les grandes voies parcourues, se sont réparties sur toutes les Calanques d'En-Vau aux GOUDES, en passant par MORGIOU et par SORMIOU.

Ainsi, d'est en ouest, de En-Vau aux GOUDES, les stagiaires en encadrement ont réalisé les voies suivantes : Calanque, Calandale, Pilier de la Passerelle de droite et de gauche, Sirène, Saphir, Le Temple , La Civa, La Chaloupée, La Paroi Noire, Le Grand Dièdre Jaune, La Directe, l'arête du Brouillard, Le Dièdre Guem, l'arête Sud du Bec, le Couchant, l'arête de la Cordée, l'arête Victor Martin...et j'en oublie certainement!

Ceci constitue une réelle nouveauté par rapport au BEES Escalade dont les UF ne consacraient que très peu de temps de formation à l'encadrement en haute falaise.

 

ORGANISATION, DÉROULEMENT ET DIFFÉRENTES APPROCHES...

L'organisation globale de ce module de formation était la suivante : chaque stagiaire avait une alternance de repérage et d'encadrement.

Ainsi le stagiaire devait repérer sont futur terrain d'enseignement afin d'optimiser son intervention, le but étant qu'à la fin des deux premières semaines, il est, directement ou indirectement, pris connaissance de tous les itinéraires. Ceci afin que lors de son examen (la Vérification des Exigences Préalables à la Mise en Situation Pédagogique), il puisse intervenir dans tous les sites référencés par les formateurs.

Le repérage nécessite un vrai investissement, qui dépasse la simple visualisation d'un accès ou d'un départ, d'une sortie ou d'une chaine de rappel même si ces points sont fondamentaux. Il implique la réalisation de la voie, et la prise en compte des contraintes qu'elle peut recéler dans une mise en situation pédagogique visant à l'autonomie en haute falaise. Contraintes comme l'espacement et la qualité des ancrages, la qualité du rocher (éboulement récent, végétation printanière, résurgence, etc...), le positionnement des relais, leur visualisation, leur confort, etc...Ce repérage in situ est important à la montée, mais aussi à la descente, pour la prise en compte des enchainements de rappels, s'il y a lieu d'en faire.

Ce repérage est d'autant plus fondamental, que dans l'organisation des cordées, il est envisageable que l’élève passe devant, ou soit dans une voie en parallèle avec le stagiaire DEJEPS.

Le stagiaire pouvant ainsi suivre au plus près la cordée autonome du dessous. Ainsi, dans ce type d'organisation, le repérage et la connaissance du terrain sont fondamentaux, afin de pouvoir envoyer un « leader » en sécurité, qu'il passe devant, et qu' ainsi il accède à l'autonomie tout en étant dirigé par le futur professionnel, qui lui confère cette capacité.

En plus du repérage, indispensable dans cette organisation de cordée, il faut que le stagiaire  mette en place des mesures de contrôle à distance (oraux ou tactiles) afin d'être sûr que le relais réalisé par son élève soit optimum.

Il est cependant évident que l’élève aura, au préalable, était en autonomie surveillée, c'est à dire dans la deuxième cordée, et/ou en école d'escalade, afin d'acquérir et de valider les pré-requis d’escalade en tête et de réalisation de relais en paroi. Il en est de même pour le rappel, où la place du futur professionnel est généralement devant, en s'étant assuré au préalable de la bonne maitrise de ses élèves pour la pose correcte des autobloquants et descendeurs.

Cependant, il n'est pas toujours possible de repérer au préalable, et les futurs professionnels pourront être amenés à travailler aussi à vue.

En effet, il est rarement possible de se faire rémunérer pour une journée de repérage avant de partir dans une grande voie, comme il est impossible d'intégrer un voyage de repérage avant de partir pour un voyage-escalade  à l'étranger. Malgré l'impossibilité de repérer, le stagiaire pourra tout de même faire de l'enseignement en grande voie par une organisation judicieuse et réfléchie de sa cordée, constituée de quatre élèves.

Il passera devant, avec deux personnes sur sa corde et une cordée autonome dans la même voie. Il pourra ainsi être disponible à l'enseignement des techniques de relais en attendant le leader de la cordée d'en dessous. Il restera toujours au contact avec la cordée du dessous, afin de les maintenir dans son rythme et dans son champ de vision. Il pourra, s'il le veut, faire tourner les « leaders » en changeant la tête de cordée du dessous .

Il pourra aménager à sa guise la longueur pour son « leader », en rallongeant des dégaines ou en en laissant, en rajoutant des points avec des coinceurs. Il pourra laisser une corde disponible, avec mousqueton à vis prêt à l'emploi, à son deuxième second qui grimpera juste au-dessus du « leader » de la cordée autonome, celui- ci pouvant ainsi bénéficier de cet encordement de secours à tout moment.

Il pourra pré-mousquetonner les premiers points de la longueur, s'il juge dangereuses les premières chutes et l'escalade ardue,  afin que le « client/leader » soit en sécurité en début d'escalade.

Enfin il pourra mettre tout le monde derrière lui, si la nécessité l'impose, fatigue, passage trop ardu, mauvais rocher, mauvais temps etc...

 

DE L'ENSEIGNEMENT EN GRANDES VOIES...

Et enfin, nous avons vu que l'enseignement de l'escalade devait  rester prééminent, et que l'enseignement des techniques de guidages, de formation à l'autonomie, ne sont que des passerelles permettant à nos élèves « de faire des équilibres précaires sur des micros grattons à 300 mètres du sol » (Patrick EDLINGER , Opéra Vertical, 1983).

Ceci doit rester la mission première du DEJEPS escalade en milieux naturels, apprendre à grimper, dispenser cet « art du déplacement vers le haut , grâce à  un minimum d'effort et un maximum de grâce »,de proprioception, de techniques accumulées, dans un environnement de grande hauteur et dans un cadre naturel souvent exceptionnel et somptueux...

C'est ce qui fait la particularité et la singularité de cet enseignement, deux aspects qu'il nous faut cultiver par le biais de la formation.

C'est à dire, dispenser des conseils pédagogiques sur différents aspects de la motricité sur le fil de la Cara Norte du PURO, dans la paroi du SOURLOTTI des METEORES, dans les fissures mangeuses d'hommes du VERDON, sur le rocher « chips » des Futurs Croulants, dans le dernier 5+ pénible du Grand Parcours, sur les adhérences plus que subtiles du méga dôme du Dos d'Elephant en CORSE, ou enfin, (et pourtant que la liste est ouverte...), faire sentir les verrous de mains/doigts de Lion Heart en JORDANIE, voilà ce qui caractérisera, parmi d'autres compétences , les qualités du D.E. J.E.P.S. option ESCALADE en MILIEUX NATURELS.

Sylvain Maurin - formateur associé du CREPS Rhône Alpes